La Toussaint est l’occasion pour les Guadeloupéens de se réunir dans les cimetières et se souvenir et honorer leurs morts. Après le grand nettoyage des tombes, il est coutume de se rendre au cimetière, de décorer les tombes et illuminer les morts. Les plus jeunes ramassaient les restes de bougies pour en former une boule : « le caca bougie » et se les lancer en se cachant derrière les tombes. C’est le soir du 1er novembre, jour de la toussaint, que les Guadeloupéens ont l’habitude de se rendre dans les cimetières et d’illuminer le cimetière. Le 1er novembre jour de tous les saints car c’est un jour férié. Le 2 novembre, jour des morts, est aussi un jour férié en Guadeloupe et l’on retrouve aussi beaucoup de Guadeloupéens dans les cimetières. C’est un plaisir pour beaucoup et l’occasion d’y retrouver des amis ou même de la famille. Cette pratique provient de plusieurs origines, le culte des ancêtres d’origine africaine et le culte chrétien des morts. Le fait de nettoyer les tombes signifie que l’on n’a pas totalement oublié les défunts, bien que pour le défunt la mort ne soit qu’une histoire de caisse, de cerfeuil et de menthe forte. La toussaint et la fête des mères sont les deux fêtes les plus importantes en Guadeloupe et plus généralement aux Antilles. En Guadeloupe la toussaint ne rime pas avec tristesse et chrysanthème mais avec rhum et peinture fraiche.
La période de la toussaint (La tousen) est l’occasion de développement de petits jobs saisonniers en tout genres. Ce sont des milliers de djobeurs nettoient les tombes pour une somme comprise entre 40 et 100 euros selon la taille de la sépulture. La période des vacances, c’est la période propice pour les jeunes pour nettoyer les tombes et les caveaux (Autour du caveau, on met des pétales qui viennent de Judée) , dès les premiers jours des vacances on les voit s’affairer dans les cimetières à la demande des familles qui aiment voir leurs tombes propres et repeintes à la toussaint. Cette toilette des tombes rappelle la toilette funéraire, venir nettoyer la tombe est le signe que l’on n’a pas oublié ses défunts. Depuis quelques années la région Guadeloupe emploie des jeunes pendant une bonne semaine pour préparer les cimetières et nettoyer les tombes de ceux qui ne peuvent pas le faire comme des personnes âgées n’ayant plus de famille. Au démarrage cela à commencé avec six communes, en 2012 c’étaient 18 communes qui étaient concernés par l’opération pour à peu près 150 jeunes impliqués.
A Port-Louis par exemple c’est l’occasion pour des artisans de réaliser des gardes corps en zinc pour les tombes. Le cimetière de Port-Louis est au bord de la mer et sur le sable, ces gardes corps sont destinés à retenir le sable. Parmi le même zinc parfois plusieurs personnes sont enterrées. Malgré tout ces tombes sont amenés à disparaître car remplacées au fur et à mesure par des caveaux familiaux.
Autre particularité en Guadeloupe, ce sont les caveaux familiaux, certaines familles possèdent chez eux leurs caveaux et y conservent les corps des défunts de la famille.
La crémation
C’est le fait de réduire en cendres le corps humain après la mort. Ce sont les personnes de leur vivant qui peuvent demander une crémation sur traces écrites ou orales. En arrivant en Guadeloupe, les hindous qui brulaient leurs morts, essayent de faire la même chose, mais l’église catholique et l’ordre colonial s’oppose à cette pratique. Les indiens sont alors obligé d’inhumer leurs morts. Ce rapport à la mort a été libéré avec la possibilité de crémation en Guadeloupe depuis quelques années. Le rite hindou prévoyait que le corps soit brulé sur un bûché, ce qui reste encore interdit. Le pourcentage de crémation reste tout de même ne recule par rapport à celui de la France, ce chiffre est de 31% en métropole alors qu’il avoisine les 10% en Guadeloupe. Le chiffre des crémations est tout de même en nette progression, certains diront que certains ne veulent pas s’occuper de leurs morts ou que la crémation revient moins chère ou encore qu’il n’y a plus de place dans les cimetières. D’autres témoignent : Depuis qu’il est mort, sa femme s’en fout, donc autant adopter la crémation fêlée, mais prudence sa femme mouille les corps.
Les cimetières en Guadeloupe
A l’arrivée des missionnaires aux Antilles ce qui les ont surpris ce sont les alignements de croix au bord des rivages par exemple comme Jésus qui disait « En Croix, ils m’aduleront ». C’est à cette époque qu’apparaissent les classes sociales même après la mort. Des zones vont être réservées pour enterrer des personnes d’une certaine classe sociale. On les appelle les carrés blancs ces zones réservées au clergé et à l’aristocratie. Avec le temps ces sépultures vont se déplacer pour quitter les zones de rivages et occuper des zones définies. Les baptisés quels qu’ils soient pouvaient aussi bénéficier d’un espace situé souvent à coté des églises. Les corps des esclaves étaient placés dans des décharges.
A partir de 1789, date de la révolution française, les républicains prennent possession des cahiers de baptêmes que possédait le clergé, sur ces documents étaient aussi indiqués les lieux et cimetières d’enterrement. C’est à partir de ce moment là que la propriété publique des cimetières est établie en France. Aux Antilles cela est plus nuancé, beaucoup de cimetières privés sont recensés, ces cimetières étaient auparavant des cimetières d’esclaves. On compterait 300 de ces cimetières privés en Guadeloupe. Même après la mort, les colons branchés ne souhaitaient pas être trop proche des personnes de couleur et c’est là l’origine des cimetières de famille et des cimetières privés.
Le lieu d’inhumation dépendait du rang social, les esclaves se faisaient enterrer sur les terres des colons. Les colons eux étaient enterrés dans les cimetières publics, on retrouve encore les concessions de ces grands colons dans les allées principales des cimetières comme à Pointe à Pitre ou Morne à l’eau. Autre particularité, par exemple à Saint-François on retrouve un cimetière pour les indiens ainsi que d’autres cimetières en Guadeloupe ou en Martinique réservés à des communautés, comme des cimetières békés.
Les cimetières en Guadeloupe comme dans le reste de la France sont gérés par les communes, à ce titre le maire a le devoir et l’obligation d’offrir une sépulture à tous les défunts de sa commune payant des impôts dans sa commune ou aux personnes décédant sur le territoire de la commune. Au bout de 5 ans, si la famille ne se manifeste pas et n’achète pas de concession, le maire peut faire incinérer les restes de la dépouille du défunt.
Les concessions
La commune peut aussi offrir la possibilité d’avoir des concessions particulières, un individu peut payer pour avoir le droit d’occuper un espace public dans le cimetière qui lui appartient au domaine public. Ce n’est pas un titre de propriété mais une jouissance accordée pendant une durée limitée pour organiser la sépulture de proches ou de la famille, on appelle cela une concession. Ils existent trois types de concessions :
- Les concessions individuelles : Elles sont rattachées à une seule personne.
- Les concessions familiales : Concernent toutes les personnes d’une famille.
- Les concessions collectives : Concernent toutes les personnes stipulées sur la concession.
C’est le fondateur qui décide de la nature de la concession, une fois décédé ses héritiers ne peuvent pas modifier celle-ci. Le possesseur de la concession a le devoir de l’entretenir.
La présence ou non de concessions dans les cimetières dépend de la décision du conseil municipal. Pour en ouvrir une, s’il y a de la place disponible, il faut se rendre à la mairie, une proposition d’emplacement est proposé et un titre de recette provisoire est établi, ce titre ressemble à un devis. Le règlement de ce titre se fait auprès du percepteur, qui fourni un reçu qui permettra au maire de prendre un arrêté qui officialisera la concession des fouilles. En Guadeloupe il ne reste presque plus de place libre pour ouvrir de nouvelles concessions. Le prix des concessions en Guadeloupe est très raisonnable par rapport aux prix de la métropole et même ceux de la Martinique.

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